Programme

33ème Congrès annuel de la SFT - Montpellier, 25-26 octobre 2007
Alertes toxicologiques
Excipients, Adjuvants, Additifs, Impuretés


Un additif attaqué, l'aspartame

Dr Hervé Nordmann

Ajinomoto Co.Inc.
CH 1143 Apples Suisse


L'aspartame a été découvert en 1965. La première mise sur le marché a eu lieu en France en 1979. Dès le début des années 80 il jouit d'un développement phénoménal. Ceci est lié à son goût très proche de celui du sucre et à son innocuité. En effet c'est un dipeptide constitué de deux acides aminés abondamment présents dans notre alimentation quotidienne. La DJA de l'aspartame est de 40 mg/kg, ce qui correspond à l'absorption de cinq fois la consommation moyenne de sucre pour une personne de 60kg. Aujourd'hui ce produit a obtenu des AMMs dans plus de 130 pays. Il est inclus dans les GSFA (General Standard for Food Additives) du Codex Alimentaire à des doses élevées et dans toutes les catégories d'aliment les plus utilisées.

Dans le contexte de l'obésité croissante et de son corollaire le diabète de type 2, l'aspartame peut jouer un rôle important dans le cadre d'une diète contrôlée. En effet, une substitution du sucre libre dans les liquides permet de réduire sa consommation de 40%. En 2004, l'OMS recommande une réduction de 33%. Une méta-analyse de toutes les études cliniques contrôlées effectuées avec l'aspartame démontre que l'on peut s'attendre à une perte de poids de l'ordre de 0.2 kg par semaine. Sur un an, cela permet de perdre plus de 10 kg. Vischer et al. ont démontré qu'une perte de poids de l'ordre de 4.3 kg réduit le risque de diabète de type 2 de 70%.

La comparaison de la production d'une unité de goût sucré sous forme d'aspartame et de celle d'une unité dérivant du sucre révèle que la production d'aspartame est de plusieurs puissances inférieure en terme d'immobilisation de terres agricoles, d'utilisation d'eau, de bio-ressources, de CO2 et d'entrants agro-chimiques. La production mondiale d'aspartame peut être estimée à 4 Mio de t de sucre équivalant ce qui représente 2.5% de la production de goût sucré. Le potentiel des édulcorants bas en calorie est de substituer 40-50% de la production de sucre alimentaire. La pression sur la santé publique, sur la production alimentaire et sur les bioénergies devraient à terme permettre une augmentation significative de la production d'aspartame.

Pour toutes les raisons précitées, l'aspartame apparait comme un concurrent sérieux, non seulement pour les sources traditionnelles de goût sucré tel que le saccharose de canne et de bétrave et le HFCS, mais aussi pour les autres édulcorants comme l'acésulfame de K, la saccharine, le cyclamate, et le sucralose.

C'est dans cette concurrence qu'il faut chercher la cause des attaques multiples que subit régulièrement l'aspartame. Le dénigrement passe par des actions médiatiques visant à incriminé l'aspartame de tous les maux dont l'étiologie n'est pas connue ou de maux graves comme le cancer dont la démonstration prend du temps (souvent plus d'une génération). Quelques unes de ces attaques seront discutées et les réactions des différents acteurs de la chaine alimentaire feront l'objet d'une analyse.

En conclusion, malgré des attaques très sévères, l'innocuité de l'aspartame n'a jamais été remise en cause par les autorités d'enregistrement, ni par les agences de sécurité alimentaire du monde entier. Aucun produit alimentaire n'a fait l'objet d'autant d'études et d'autant d'analyses de la part des autorités et à chaque fois sa sécurité est reconfirmée. Le vrai problème est l'efficacité de la communication sur le risque en cas de crise. Il est urgent d'identifier une procédure qui permette aux autorités, chargées de l'analyse et de la gestion du risque, d'accéder en primeur à toute nouvelle étude ayant un lien avec la sécurité du produit autoriser, pour pouvoir mettre en perspective les risques perçus avec toutes les données de sécurité existantes. Ce n'est qu'après une telle évaluation, qu'une communication sur le risque correcte peut avoir lieu.