Programme

34ème Congrès Annuel de la SFT - Paris, 20-21 octobre 2008

Nanotechnologies : Evaluation du risque toxique


Les Nanoparticules en Imagerie Medicale

Philippe BOURRINET
GUERBET, BP57400, 95943 Roissy CDG cédex


Des produits de contraste sous forme nanoparticulaire sont utilisés depuis environ 15 ans chez l'homme pour les examens d'imagerie par résonance magnétique (IRM). Ces produits ayant le statut de médicament, ils disposent d'autorisations de mise sur le marché délivrées par les autorités compétentes des différents pays. Les produits actuellement commercialisés sont utilisés pour l'imagerie du foie ou du tractus digestif. Plusieurs produits sont également en développement, en particulier pour l'imagerie ganglionnaire. En l'absence de lignes directrices spécifiques aux nanoparticules (jusqu'à ces derniers jours), ces produits ont été développés/évalués selon les réglementations/guidelines des molécules classiques, avec néanmoins quelques adaptations de protocoles.

Ces nanoparticules, d'une taille comprise entre quelques dizaines à quelques centaines de nm, sont composées en général d'un « cur » ou noyau porteur de l'activité sur le signal IRM (oxyde de fer le plus souvent) et d'un enrobage biodégradable garantissant la biocompatibilité du système pour une administration parentérale. Ces nanoparticules sont captées par les macrophages des organes riches en cellules du système réticulo-endothélial et provoquent une extinction du signal IRM. Il devient alors possible de distinguer sur les images les zones « saines » des zones « anormales », ces dernières étant dépourvues de macrophages. L'utilisation (indication diagnostique) de ces nanoparticules en imagerie découle donc directement de leur pharmacocinétique qu'il est possible de moduler en jouant sur la taille de la particule et/ou sur son enrobage.

Les produits de contraste nanoparticulaires sont administrés en dose unique chez l'homme (l'examen pouvant être répété plusieurs fois dans la vie). Malgré l'élimination très lente de ces produits dans l'organisme après administration systémique (parentérale), cette administration unique est un gage de sécurité et d'absence d'accumulation dans l'organisme. Par voie orale ou rectale, le but étant d'imager le tube digestif, la non-absorption du produit est de règle.

Sur le plan toxicologique, ces produits montrent un niveau de toxicité aiguë ou sub-aiguë (4 semaines) faible. Le principal problème en administrations répétées est l'accumulation « exagérée » de fer dans les organes mais qui n'est pas associée à des manifestations toxiques majeures le plus souvent. Aucun effet mutagène n'est décrit mais la relevance des tests classiques in vitro pour ces structures nanoparticulaires peut être mise en question. Un effet tératogène chez le rat et le lapin est décrit pour la plupart de ces produits à très forte dose. La fonctionnalité des macrophages n'est pas altérée après captation des nanoparticules.

De nombreuses nouvelles applications prometteuses sont envisagées pour ces produits. Dans un contexte de « peur » du grand public autour des nanotechnologies, la publication de recommandations pour le développement et l'évaluation toxicologique de ces produits, à l'instar du récent document du groupe Innovation Non-Clinique de l'AFSSAPS, est la bienvenue.